🇺🇲 L’église PQL , un scandale à plusieurs niveaux (Megachurch Scandal)

English will follow

Je dois l’avouer, j’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte. Ne sachant trop par quel angle aborder le sujet sans toutefois m’éparpiller dans des délibérations infinies, c’est un certain malaise qui retenait ma plume habituellement volubile… Bon, je me lance.

Il y a quelques semaines nous voyions en gros titre dans le  Journal de Montréal, puis relayé par différents média québécois, le scandale de l’église Parole Qui Libère (PQL). Selon les témoignages de certains fidèles, leur dirigeant, l’Apôtre Patrick Isaac ainsi que sa conjointe, la Prophétesse Eliane Isaac, les auraient floués de plusieurs milliers de dollars sur une longue période de temps.

Comment, me direz-vous? À coup de promesses de miracles agrémentées d’un soupçon de culpabilité.

Petite parenthèse, n’est-ce pas « drôle » comment, lorsque de telles entaches à la communauté font surface, elles tournent en boucle dans les médias québécois où, pourtant, nous sommes sous représentés lorsqu’il s’agit de mettre en lumière nos réussites ? Bref, vous pourrez dire que je suis parano mais il fallait que ça sorte. Alors, parenthèse fermée, de retour à  notre apôtre et prophétesse… Pardon mais, autre mini parenthèse, je ne sais pour vous mais quand des « hommes/femmes de Dieu » s’ajoutent des étiquettes de ce genre, ça sonne l’alarme chez moi. Pourquoi tant de fla fla ?  Les titres ont souvent pour effet d’enfler la tête, et plus la tête enfle, plus il devient difficile de garder les pieds sur terre. L’humilité n’est-elle pas un pilier de la foi chrétienne ? Voilà, je m’éparpille.

Au fait, ce que je veux vraiment, c’est de revenir à mon malaise initial. Ce malaise, il a plusieurs niveaux, plusieurs profondeurs et plusieurs questions. Une petite séance d’introspection, ça ne pourrait qu’être bénéfique, non ?

Malaise – niveau 1 : Ni l’alpha ni l’oméga

Lorsque j’ai eu vent du  scandale de la PQL, instinctivement je me suis dit : « En voilà un autre ! ». Malheureusement, l’Apôtre Isaac n’est ni le premier ni le dernier dirigeant d’une église noire à qui l’on porte de telles accusations. Non, ce ne sont pas que dans nos églises que l’on retrouve ce genre de problèmes mais ici, nous parlons de ce qui nous concerne. Du Québec, à l’Afrique, en passant par les États-Unis (détour obligatoire), les histoires d’escroqueries dans les églises ne sont pas rares. D’ailleurs, depuis la naissance du Prosperity Gospel (évangile de la prospérité) dans les années 50 aux Etats-Unis puis de son expansion dans les années 90-2000 dans le reste du monde, on entend de plus en plus parler de ces mégachurch qui génèrent des revenus astronomiques grâce aux dons de leurs fidèles. Ce qui est hallucinant est que souvent, ces fidèles ont peu de moyens mais sentent une certaine nécessité de donner au-delà de ce que leur réalité leur permet. Est-ce le désespoir qui engendre une vulnérabilité aux beaux discours ? Ou plutôt, est-ce l’espoir d’un lendemain plus reluisant qui rend accros à l’évangile de la prospérité ?

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Malaise – niveau 2 : La quête du miracle

L’une des victimes présumées de l’Apôtre Isaac et de la PQL relatait des faits qui se sont étalés sur une période de 14 ans. Alors, pendant 14 ans, en attendant son miracle, cette personne aurait vidé son compte en banque au profit de la PQL. Un des éléments apparent de cette histoire est la motivation première derrière la dévotion des fidèles floués : l’argent, le bien-être matériel. L’essence même de l’expérience spirituelle est du coup, reléguée aux oubliettes. Le capitalisme semble s’être taillé une place de choix dans ce genre d’église au point de donner la cadence. C’est à se demander, comment une démarche qui, en théorie, devrait relever du divin est-elle réduite à une quête si vaine ? Quel est l’état de la spiritualité de notre communauté ?

Malaise – niveau 3 : La genèse et le colon dans tout ça 

Nous le savons, la spiritualité faisait partie intégrante du fonctionnement sociétale des premiers peuples. Elle dictait le ton et le rythme du temps. Oui, à l’origine, les peuples africains avaient des croyances et des coutumes propres à eux. L‘arrivée des colons, sous le couvert de campagnes missionnaires, a changé le cours de notre histoire en amenant, entres autres, un revirement spirituel. Il faut souligner que le christianisme n’a pas été amené de n’importe quelle façon à nos ancêtres. Cela s’est fait de manière stratégique en prônant, entres autres, la pauvreté comme preuve de piéter d’un côté pendant que de l’autre, leurs gouvernements pillaient nos richesses. Au fait, le colon semble avoir modelé l’exercice de la foi selon le contexte qui lui était le plus adéquat. Aujourd’hui, si l’on suit l’évangile de la prospérité des mégachurch américaines, mouvement sur lequel la PQL semble avoir été calqué, ce n’est plus la pauvreté qui est prônée mais bien l’action de donner qui dicte la grandeur de la foi. À force de voir la religion utilisée comme appât du gain, certains d’entres-nous auraient peut-être désirés avoir une part du gâteau…

Je tiens à préciser que le but de ce texte n’était pas de se perdre dans un discours philosophique ni de porter atteinte aux membres de la communauté mais plutôt, de réfléchir sur les causes de certaines de nos faiblesses.  J’ai posé beaucoup de questions, maintenant, à vous la parole.

source photo

 

The PQL Church: A Scandal of Several Layers

Written by: Eunice Levesque

Translated by Vanessa Perri

I have to admit, I hesitated a lot before writing this piece. I wasn’t really sure which perspective I should take on, for this subject, without spreading myself too thin over the infinite amount of debates. I don’t usually hesitate to share my opinion, but this topic made me feel uneasy. Well then, let me start.

A few weeks ago, we saw a major headline in the Journal de Montréal, which was then passed on to other Quebec media platforms: The PQL’s (Parole Qui Libère) church scandal. According to the testimonies of various members, their leader, Apostle Patrick Isaac as well as his spouse, Prophetess Eliane Isaac, scammed them of several thousands of dollars over a long period of time. You must be wondering how this happened. They sold appealing, promising miracles with a hint of guilt.

Just a side note, isn’t it “funny” that as soon as this kind of negative news surfaces within the community, it makes so many headlines in Quebec media, whereas whenever it comes to our accomplishments, we are underrepresented? Anyway, you can say I’m just paranoid but it needed to be said. Now back to our apostle and prophetess. Sorry, just another side note…I don’t know about you, but when the “men/women of God” adopt those kinds of labels, it’s already a red flag for me. Why so much frill? Titles often feed one’s ego and the bigger their ego becomes, the harder it is to remain down-to-earth. Isn’t humility a pillar of the Christian Faith? There you go, I spread myself too thin.

Actually, what I really want is to come back to my initial disappointment. This disappointment has several layers of depth and questions. A little session of self-reflection will only do good, right?

Disappointment – Layer 1: Not The First, Nor The Last 

As soon as I caught wind of the PQL scandal, naturally I told myself, “Here’s another one!” Unfortunately, Apostle Isaac is not the first, nor the last leader of a black church who had these types of accusations brought against him. These types of problems are not only encountered in our churches—but let’s talk about what concerns us for now. From Quebec to Africa to The United States (an obligatory detour), the stories of fraud in churches are not unheard of. For that matter, ever since the Prosperity Gospel emerged in the 1950s in the United States and since its international expansion during the 1990s to the 2000s, we hear more and more of these “mega-churches” that generate astronomical earnings thanks to the donations made by their members. What is alarming is that often times, these members don’t have much; yet, they feel the need to give beyond their means. Does the feeling of despair create a sense of vulnerability during the grand speeches? Or rather, is it the hope for a brighter tomorrow that gets members hooked on the Prosperity Gospel?

 Disappointment – Layer 2: The Search for a Miracle

One of Apostle Isaac’s and, in turn, the PQL’s alleged victims recounted the facts that had taken place over a period of 14 years. So for 14 years, while waiting for their miracle, this person emptied their bank account for the benefit of the PQL. One visible aspect of this story is the primary motivation behind the devotion of the swindled members: Money as material well-being. Even the essence of the spiritual experience is thus relegated to the back burner. Capitalism seems to be the choice for this type of church, enough to set a certain pace. So we have to ask ourselves: How does an approach that, in theory, should stem from the divine, be reduced to such a vain quest? What kind of state is the spirituality of our community in?

Disappointment – Layer 3: The Genesis and The Colonizer In All of This

As we know, spirituality was an integral part of the first peoples’ societal functioning. It shaped the tone and rhythm of those times. Yes, originally, African populations had their own beliefs and customs. The arrival of the colonizers, under the guise of missionary campaigns, had changed the course of our history by bringing a spiritual turnaround—among other things. It should be noted that Christianity wasn’t brought upon our ancestors in just any way. It was done in a strategic manner by promoting poverty as proof of piety on one side, while on the other side, their governments were stealing our riches. Actually, the colonizer promoted the practice of the faith in the way that was most suitable for them. Nowadays, if we were to follow the Prosperity Gospel from the American “mega-churches”—a movement that the PQL seemed to have reproduced—it is no longer poverty that is promoted. The act of giving is what determines the magnitude of your faith. As we see religion being used for profit, some of us would have maybe liked to have a piece of the cake…

 I would like to point out that the goal of this piece was not to get lost in a philosophical discussion nor criticize the members of the community, but rather reflect on our wrongdoings. I asked a lot of questions; now you have the floor.

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2 Replies to “🇺🇲 L’église PQL , un scandale à plusieurs niveaux (Megachurch Scandal)”

  1. Hmm…ça fait longtemps que je n’ai pas mis les pieds dans une église. Quand tu lis “Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.” Mathieu 18:20, tu comprends que l’église n’est pas l’endroit exclusif oú tu peux ressentir la présence de Dieu.
    Les gens associent trop souvent “I am blessed/he’s so blessed” au matérialisme. Au fait que qqn ait une belle auto, une belle maison, que la personne voyage souvent. Des athés mettent dans leurs hashtag #blessed. But yeah…blessed by whom booboo?
    Être béni c’est avant tout spirituel. Quand les gens cesseront de confondre étre béni et être privilégié…c’est possiblement à ce moment qu’ils réaliseront qu’ils ont besoin de pasteurs et dirigeants d’églises qui sachent faire cette distinction aussi.
    A man of God should help you understand God’s word…that is already available to you in your Bible. It’s someone who is blessed with a profound understanding of the complexities of simple looking verses. It is truly a blessing to have that gift. Buying material gifts with the worshippers’ money on top of that is abuse.
    Je fini mon long ass comment avec ce que ma mère considère être un budget équilibré: 35% pour vivre; 30% hypothèque (ou loyer); 15% économies; 10% pour les imprévus; 10% pour l’Éternel. Ce dernier 10% peut représenter la dîme, un don, l’achat d’un billet pour un concert Gospel, peu importe. The Church doesn’t have the monopole over how to give glory to God.
    Have a great Sunday y’all! 🙂

  2. J’ai adoré. C’est exactement ce que je pense. Je trouve désolant de voir autant de gens remettre leur foi et leurs rêves dans les mains d’autrui. Je sais qu’il y a de bonnes églises mais j’ai une difficulté avec la religion puisqu’il y a tant de corruption. De plus, avant que mes ancêtres colonisent votre peuple, vous aviez des croyances… et même mon peuple, avant l’arrivée de Jésus et cette Bible écrite par l’homme, nous avions tous une conscience qui nous dictait le bien et le mal. Pour moi religion = division et automatiquement méfiance… Je ne suis pourtant pas athée… je crois en une puissance supérieure… mais je crois justement que celle-ci voit plus loin que juste “Crois en moi et tu seras sauvée”. Je préfère vivre ma vie en faisant le bien autour de moi…. que de me plier à ce qu’un autre humain (qui agit parfois moins bien que moi) me dit de faire pour atteindre le ciel.

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