Retour sur le film documentaire I Am Not Your Negro : La Contre-Histoire d’un pays en déclin.

Par Romain Jean-Jacques  

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Source : IHR

Merci à ECOLE  pour la projection du film, le jeudi 23 novembre dernier.

Le documentaire I Am Not Your Negro de Raoul Peck raconte les rôles majeurs qu’ont eu Malcolm X, Medgar Evers, Martin Luther King Jr et James Baldwin dans la lutte des afro-américains pour l’intégration. Cette jeunesse noire américaine en soif d’égalité se constituait également d’artistes comme Harry Belafonte, Nina Simone et Sidney Poitier. Ils font parti de ces figures qui ont inspiré leur génération ainsi que leurs progénitures, et qui ont clairement su exprimer la détresse de leur communauté. Le réalisateur prend pour point de départ un manuscrit inachevé de James Baldwin, Remember this house, et décide de transposer le livre jamais publié en œuvre cinématographique. Ce film incarne la pensée de l’une des figures les plus importantes de l’histoire contemporaine des États-Unis pour le militantisme des droits civiques des noirs et des homosexuels.

Raoul Peck nous donne à voir et à entendre, par le biais d’images d’archives et d’enregistrements (le film est basé sur la pensée de Baldwin, aucun script n’a été écrit, une narration de l’œuvre de l’écrivain donne le ton du documentaire) le retour de James Baldwin dans son pays alors ravagé par les institutions ségrégationnistes véhiculant une haine raciale décomplexée. On entend Baldwin terrifié par l’aphasie morale et la mort émotionnelle de la communauté blanche américaine qu’il qualifie de “monstres moraux”. Tout au long du métrage, nous l’entendons se questionner sur son rôle ainsi que des siens dans ce pays. Soit comment ” concilier son être et sa situation ” afin de conscientiser la communauté blanche à la situation des afro-américains. Il nous mène à travers sa réflexion, à déconstruire l’image de l’Amérique et du racisme, à redéfinir notre compréhension des concepts d’homme noir et d’homme blanc, puis à refuser toute définition raciale. Il explique les enjeux qu’implique son retour dans le sud des États-Unis en tant que témoin des morts brutales de Medgar Evers, Malcolm X, Martin Luther King Jr, suite aux combats qui ont eu lieu.

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Photo: L’Heure du Punch Média , discussion après-film

Le réalisateur établit la cartographie d’un passé qui fait encore écho à notre génération. Bien que les écoles aient eu l’obligation d’intégrer des élèves noirs dans leurs établissements à partir de 1954, une ségrégation scolaire a continué d’exister. Les Écoles sont le bastion de la ségrégation raciale en raison du clivage social qui y règne. La John Tyler Morgan Academy, à Selma dans l’état américain de l’Alabama, est l’exemple même d’un système défaillant. À l’époque de son ouverture en 1888, l’établissement véhiculait l’idée que l’intégration était “une lubie éducationnelle ou expérience sociologique”. L’école existe toujours est reste en majorité blanche avec un faible tôt de mixité. De part cette situation un clivage économique et un stéréotypage des communautés afro-américaines demeurent toujours. Les violentes émeutes de Charlottesville de 2017 sont également un exemple probant d’une urgence sociale qu’il ne faut plus obscurcir. Face au constat actuel, l’œuvre de Raoul Peck faire rejaillir la pensée de James Baldwin : ” Le problème n’est pas de savoir ce qu’est le sort des noirs, ce qui est très important pour moi, mais de se demander quel est le sort de ce pays”.

Baldwin nous invite tout de même à ne pas être pessimistes. Pour lui, être ainsi signifie traiter les faits de la condition humaine uniquement à titre de faits, sans  aucune empathie. Agir de la sorte ne ferait que confirmer l’aphasie morale, nécessaire à la quête du pouvoir,  dans laquelle notre société est imbriquée. Je ne pense pas que cela soit les personnes qu’il faut incriminer, mais le système en lui-même. Il faudrait chercher à comprendre pourquoi certaines dynamiques sociales actuelles se maintiennent en tentant de saisir la complexité de la réalité de chacun. Par la compréhension de l’autre, de ses émotions et de l’expression de celles-ci, on valide son existence ainsi que ses expériences. On peut donc être plus à même de trouver des solutions viables sur le long terme.

I Am Not Your Negro correspond à ce genre de film que l’on veut et doit voir, car cela nous rappelle que notre passé reste notre présent. Qu’il est de notre droit et devoir, en tant que membre de la société, de rester vigilant et  de nous battre pour conserver les acquis obtenus. En somme, se battre pour le progrès afin d’éviter la régression.

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Photo: L’Heure du Punch Média , discussion après-film
Sources:
 Remember this house
La John Tyler Morgan Academy

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