Ouvrir la voix : un documentaire for us by us et plus encore

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Par Eunice Levesque

Ce sont une salle comble et un public multiculturel qui ont accueilli la projection du documentaire Ouvrir la voix de la très talentueuse réalisatrice, Amandine Gay le 14 novembre dernier à la Cinémathèque québécoise.

En avez-vous entendu parler? Il s’agit d’un documentaire autofinancé qui compile les réflexions et témoignages de 24 femmes issues de la communauté Afro-caribéenne vivant en France et en Belgique. De fil en aiguille, nous découvrons ces femmes noires et leurs expériences au sein des sociétés franco-belges. De leur sentiment d’appartenance, au communautarisme, aux relations interraciales, à la religion, à l’éducation ou encore à l’orientation sexuelle, aucun sujet n’a été épargné. En 2017, même si le monde peut être perçu comme un village global, on se rend bien compte que le racisme est encore d’actualité, un tel documentaire est une incursion dans la réalité même de la femme noire.

La caméra fixée sur son sujet, les gros plans et le rythme du montage invitent à la confidence et donnent finalement l’impression d’être en tête à tête avec ces femmes à qui on a voulu donner une pérennité. C’est sur un regard tourné vers l’avenir que prend fin le documentaire, rester dans une société où il y a encore tant à faire au niveau de la discrimination raciale ou recommencer le processus ailleurs? Les voies sont multiples et sont maintenant ouvertes.

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Mes 4 points forts du film

Des expériences qui résonnent

Séquence après séquence, je me surprenais à hocher de la tête et me retenais pour ne pas laisser échapper des ‘’hmm hmm’’ bien sonnants. Pourquoi? Simple : le vécu de ces femmes était si familier. De l’Europe au Québec, l’expérience de la diaspora noire semble donc être commune. De réaliser que, je n’étais pas seule à entendre ma mère me répéter la nécessité de travailler deux fois plus fort que mes camarades blancs pour réussir! Ça fait l’effet d’une certaine épiphanie puisque du coup, on arrive à se retrouver dans l’autre et on cesse de se sentir différente du reste du monde. Disons que ça met du baume au coeur!

Un lourd fardeau

Petit scénario : vous êtes dans un milieu social à majorité blanche et on vous fait part d’un crime qui a été commis, êtes-vous entrain de prier pour que le criminel ne soit pas noir? Ou, tout faire pour ne jamais être en retard au travail parce que, on le sait déjà: « les noirs sont toujours en retard ». Les femmes interviewées expliquaient le perpétuel état d’analyse dans lequel elles se trouvent afin d’éviter de véhiculer les stéréotypes qui encombrent la femme noire tout en essayant de vivre leur individualité. Être ou ne pas être la représentante de la communauté en entier, souvent la question ne nous est pas posée. Nous sentons souvent le poids de la responsabilité de démentir les clichés qui nous collent à la peau et ce parfois, au détriment d’être sa propre personne, tout simplement. Toutefois, n’est-ce pas une source de fierté lorsque, arrivée en haut de l’échelle, nous devenons un modèle pour les générations suivantes?

L’éternelle recherche 

À un moment ou à un autre, tout être humain est à la recherche de son identité. Cette quête se complexifie particulièrement pour les enfants issus de la diaspora. Grandir dans un pays autre que celui de nos parents, tout en étant élevée selon les mœurs et coutumes du pays d’origine et ajouter à cela le rejet de la société d’accueil….la question « D’où viens-tu? » devient alors compliquée. De surcroît, lorsque toutes les poupées dans les magasins sont blondes aux yeux bleus, lorsque ce qui est valorisé dans les médias ne prend pas en compte l’ébène de ta peau et lorsque le système te catégorise et te rebute à cause de ta mélanine, il y a de quoi remettre en question son appartenance. « Je suis chez moi mais je ne suis pas chez moi », disait l’une des femmes du film, des mots qui illustrent parfaitement la dichotomie que vivent plusieurs d’entres nous.

La femme noire et sa « crinière »

« Mes cheveux c’est comme mes fesses: ils sont à moi et c’est moi qui décide qui a le droit d’y toucher », je crois qu’au moment de cette citation, toutes les naturalistas de la salle ont poussé à l’unissons un « YASSS! » intérieur. Haaa nos cheveux! C’est un sujet inévitable lorsqu’on parle de la femme noire. Nos cheveux, ce ne sont pas que des cheveux, la façon dont nous décidons de les porter devient une prise de position. Ils peuvent ouvrir ou fermer des opportunités de carrière, ils définissent nos critères de beautés, avoir de « bons cheveux » ou de « mauvais cheveux » : ils soulèvent des polémiques au sein même de la communauté noire. Objet de curiosités, ils font souvent partie intégrante de notre identité. Par contre, peu importe la façon dont on décide de porter sa chevelure, une chose est sure et universelle : pas touche!

Somme toute, Ouvrir la voix  est un documentaire for us by us, une œuvre unique en son genre, faite par l’une des nôtres qui nous interpelle directement. S’agit-il d’un film qui pourrait intéresser la population blanche? Sa réception sera bien entendu différente, j’y vois plutôt un outil pour mieux comprendre les réalités qui échappent à ceux qui ne les vivent pas. Par conséquent, nous pouvons y voir une nouvelle façon de briser les barrières.

Mon petit bémol lors de la projection : j’ai eu beau tourner la tête par-ci et par-là, je pouvais compter sur les doigts de ma main, le nombre d’hommes noirs présents dans la salle….La projection dans les salles de cinéma québécoises est prévue pour février 2018, mes frères, vous êtes attendus!

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